Le secteur logistique au Maroc: Le détail de l’étude McKinsey
L'économiste du 24 octobre 2008:
"Mettre à niveau la logistique en mettant le donneur d’ordre au cœur de la réforme. C’est peut-être là l’apport majeur à mettre à l’actif de l’étude du cabinet McKinsey sur le secteur de la logistique marocain. «Partout où ce secteur a connu des évolutions révolutionnaires, c’était principalement grâce à l’impulsion des clients qui fixaient des cahiers des charges de plus en plus exigeants», note un expert du cabinet international. Ce dernier opte ainsi pour une analyse de la problématique de la logistique par flux. Cela permet de moins focaliser sur les problèmes propres à chaque sous-secteur pour avoir une vision globale où l’utilisateur de la logistique se trouve concerné, voire responsabilisé.
L’étude McKinsey identifie ainsi une quinzaine de flux les plus importants: les flux en conteneur, les céréales (domestiques et importées), l’agroalimentaire (importé, domestique et exporté), les produits raffinés, le gaz, le charbon, les phosphates, le textile, les biens industrialisés et les matériaux de construction.
Les critères retenus pour scanner la situation de transport de chaque flux sont: l’infrastructure d’accueil et de stockage (port, dépôt, etc.), la granularité, provenance et destination (locale ou internationale) et le moyen de transport (camion, train, etc.). Parmi ces critères, on trouve aussi la maturité des donneurs d’ordre. Il ressort de l’étude que pour les quinze flux identifiés, il y a seulement quatre dont les donneurs ont une maturité avancée. C’est le cas des produits raffinés, du gaz, du charbon et des produits OCP chimiques et phosphatiques. En bas du tableau figurent les donneurs d’ordre des produits agricoles, de l’agroalimentaire et des produits conteneurisés. Tandis qu’au milieu se trouvent les clients internationaux des céréales, textiles, etc.
L’étude met en exergue l’importance économique du groupe OCP dont la part des tonnes de produits transportés représente 23% de l’ensemble des flux transportés au Maroc et 20% des distances parcourues. Mais en revanche la logistique ne pèse que pour 6% dans le total de ses coûts. Ce qui n’empêche pas le groupe de chercher des marges d’amélioration de sa compétitivité. L’étude du cabinet international comporte tout un volet consacré au transport par pipeline, notamment dans le cas des produits pétroliers. Ce canal représente un intérêt certain sur «des gros volumes supérieurs à 600.000 tonnes par an».
Là où le transport est un centre de coût très important, c’est au niveau des produits distribués localement vers les différentes épiceries et autres points de vente. Le coût de la logistique représente en effet 24% du total des coûts de ces produits, soit 3,4 milliards de DH. Les matériaux de construction connaissent pratiquement le même niveau de coûts logistiques: 25% et 3,55 milliards de dirhams en bas de la facture logistique. Donc, en somme, ce sont les flux domestiques qui enregistrent les niveaux de coûts logistiques les plus élevés. Dans un contexte d’amenuisement du pouvoir d’achat des ménages, réaliser des gains de productivité sur ce segment rendrait la vie plus facile aux Marocains. Voilà un créneau où la concurrence entre entreprises pourrait être salutaire, voire indispensable. Mais, du moment que que les donneurs d’ordre ne sont pas trop exigeants, étant donné qu’eux-mêmes ont besoin d’une mise à niveau, cet objectif de modernisation accélérée de la logistique ne risque pas d’être atteint sur le moyen terme. Le secteur de la grande distribution est néanmoins un exemple à suivre dans ce domaine".
